Aaah cela faisait longtemps que je n'avais pas poussé un petit coup de gueule sur mon merveilleux métier d'enseignante !
L'occasion m'en est donné grâce à une rencontre faite hier soir, à l'occasion d'un marché de Noël.
J'ai été invitée par l'une de mes amies et collègues à venir assister au marché de Noël de son école. Au milieu des guirlandes, des boules et bougies et des parfums de cannelle, de pain d'épice, de chocolat chaud et d'orange, j'ai eu le plaisir de rencontrer une future enseignante. Du moins l'espérait-elle.
Et donc, curieuse comme je suis, je lui demandais comment se passait sa formation. Et là, grosse surprise ! Très déplaisante aussi.
Il faut savoir tout d'abord que lorsque moi, j'ai passé le concours, la formation pouvait encore être qualifiée de correcte.
Nous étions formés durant un an au concours, sachant que les cours mêlaient de la théorie pure (histoire de dire qu'on ne soit pas des incultes) avec des cours plus pédagogiques et pratiques liés directement à l'école.
Nous passions le concours en avril et juin, et une seconde année commençait ensuite, de formation pure pour nous préparer au terrain. Bien sûr, entre les discours emprunts du monde des bisounours de la formation et la réalité du terrain, il y avait toujours un fossé... que dis-je un fossé ? Un gouffre. Un océan. Une galaxie. Mais bon, au moins, on avait le temps de se préparer.
Maintenant, tout ça est révolu ! Et chers parents, je serai vous, je m'inquiéterai énormément ! Déjà moi, en tant qu'enseignante je m'inquiète et ce ne sont pas mes enfants dans les classes encore...
Alors, voici l'état de la catastrophe :
- pour commencer, il faut avoir un niveau master pour lorgner le concours. Autrement dit, 5 ans à trimer en fac dans des cours n'ayant bien souvent aucun lien avec l'école. Quoi qu'en dise l'Education Nationale. Certes ils sont bien diplômés les nouveaux profs, mais ils sont le plus souvent à 10 000 km de l'état d'esprit d'un enseignant et ça devient dur après autant de temps en amphi de comprendre comment fonctionne le cerveau d'un enfant de 6 ans...
Certes on leur propose des stages dans les écoles... De quelques jours... Des stages d'observation... Hum... Pour en avoir fait, je peux vous assurer que ça n'a absolument rien de formateur tant qu'on n'a soit même jamais enseigné.
Mais le salaire est plus attrayant. Même plus élevé bientôt durant leur première année que mon salaire après 4 ans dans le métier. Ah ah ah... La bonne blague. Bah oui mais il faut les appâter les futurs profs...
- le concours : il ne se passe plus en juin, mais en septembre... Non pas après une année de formation avec des enseignants spécialisés mais comme ça, à l'arrache. Durant la dernière année de fac (Master 2).
Ceux qui ont l'écrit pourront passer les oraux et c'est à cette condition seulement qu'ils seront titularisés et affectés dans des classes l'année suivante.
Pour ceux qui échouent à l'écrit... Officiellement, comme leur cursus de fac n'a pas été interrompus, ils peuvent se réorienter facilement. Dans les faits, cela est très difficile car tout leur cursus de fac ayant été orienté vers l'enseignement, les débouchés professionnels ou formateurs sont restreints et compliqués. Certaines facs ont mis à l'essai les masters "métiers de l'enseignement" - quel débouché peut-il y avoir autre que l'enseignement pour ces étudiants de master, une fois le concours échoué ?
- Une fois le concours en poche et leur dernière année de fac acquise... Les heureux lauréats sont directement placés dans des classes. Sans aucune formation réelle. Et nécessaire cependant.
5 jours de formation avant la rentrée des classes tout de même (histoire de dire) et après c'est la découverte sur le terrain, l'autoformation sauvage. Le mercredi est consacré à la formation d'après ce que j'ai pu comprendre (alors que le mercredi est nécessaire pour pouvoir préparer sa classe en fin de semaine).
Un tiers du temps de la première année sera également consacré à la formation : ce qui concrètement pour vous, parents, signifie voir arriver plusieurs fois dans l'année des remplaçants dans les classes de vos chérubins. Attention, les remplaçants sont des gens très compétents, mais c'est toujours perturbant pour les enfants, et parfois les informations sur le fonctionnement des classes circulent difficilement et il y a retard sur l'avancée du programme.
Au final, malgré ce qu'on croit et les tentatives du gouvernement pour attirer les jeunes diplômés dans les filets de l'enseignement, certains jeunes enseignants démissionnent rapidement, complètement dépassés. Bien sûr la grande majorité restent, fort heureusement, car la motivation est là, malgré les difficultés. Mais les désillusions sont légions.
Le seul gagnant finalement de tout ceci est le gouvernement, car cette situation lui permet d'économiser une année d'enseignement et de "boucher" les trous, dans les classes où il manque un enseignant.
Les perdants sont les enfants, les parents, les futurs enseignants, les jeunes enseignants et les enseignants en poste depuis plusieurs années.
Voilà, j'en resterai là pour aujourd'hui. Je tenais à partager ça avec vous, parce que j'étais tellement outrée hier soir face au discours de ma future jeune collègue... Qui est obligée de prendre un emploi à mi-temps dans une école, après un premier échec à l'écrit (emploi accordé parce qu'elle repasse le concours, mais payé avec un lance-pierre et parce qu'elle n'a rien trouvé d'autre et qu'il lui faut une expérience professionnelle solide pour espérer avoir son concours).
Pour conclure : si jamais un très jeune enseignant devait arriver dans la classe de votre enfant, pas de panique. Fort heureusement, 90% des jeunes lauréats sont des personnes motivées ayant envie de bien faire leur métier. Des erreurs et maladresses seront peut-être commises mais ce n'est pas de reproche qu'ils auront besoin dans l'immédiat, mais de soutien, d'aide et de sourires. Car ce n'est pas l'Education nationale qui leur fournira, mais bien vous et surtout vos enfants.
Publié dans :Education et école Coup de gueule